Cense de Trouille à Gerpinnes

Texte : Thierry Frippiat

Une ferme disparue

Les quartiers de la Gare et de la Quairelle ne furent progressivement bâtis qu’à partir du milieu du XIXe siècle, en lien avec le développement du chemin de fer et des industries. Avant cette époque, des vergers, des pâtures et des champs occupaient le sud du village. À l’emplacement de l’actuelle place du marché, se dressait une imposante ferme en carré : la Cense de Trouille. Il s’agit de la plus ancienne ferme gerpinnoise dont la trace se retrouve dans les sources, avec la ferme de Fraiture. Elle est mentionnée pour la première fois en 1289, dans un acte délivré par le maire et les échevins de la « cour Saint-Pierre » de Gerpinnes. Un acte de vente de 1488 en donne une précieuse description : à la fin du Moyen Âge, le « cheruaige de Troui » se compose d’une maison avec jardin, d’une grange et d’étables, auxquels se rattachent de nombreux champs, pâtures et bois situés dans les campagnes et en bordure du village. L’exploitation change de mains à plusieurs reprises et disparaît dans des circonstances inconnues, vers les années 1770. Ses derniers propriétaires, la famille de Bruges, font alors édifier une nouvelle ferme plus au sud : la Neuve Cense, dont la construction prend fin en 1801.

Illustration n° 1. La Cense de Trouille apparaît sur plusieurs cartes du XVIIIe siècle.

Évolution ultérieure du site

Après des siècles d’exploitation agricole, le lieu est investi par des activités nouvelles dans un contexte de révolution industrielle. Représentés sur les cartes de Jaillot (début du XVIIIe siècle) et de Ferraris (1770-1778), les bâtiments n’apparaissent plus sur le plan cadastral primitif (1830-1834). Le site connaît une affectation nouvelle dès 1855. Cette année-là, la ligne ferroviaire 138 est inaugurée et la gare de Gerpinnes s’installe à l’emplacement de l’ancienne Cense de Trouille. Elle fonctionnera quelques années à peine. Dans les années 1860, le chemin de fer est dévié du centre pour emprunter une tranchée creusée à cet effet. Une nouvelle gare, plus grande que la précédente, est construite à quelques pas de là. À cette époque, la famille de Bruges exploite également sur ce site des magasins et dépôts raccordés au chemin de fer. L’entreprise est vendue à M. Dupuis en 1926, puis à M. Daffe en 1935. Il s’agit d’un commerce de bois bientôt spécialisé dans la fabrication de billes de chemin de fer, dont les bureaux ont investi l’ancienne gare. Reprise par M. Tonnon en 1976, la scierie est ravagée par les graves inondations de 1987. Elle est entièrement démolie en 1996. Le marché s’y installe désormais tous les dimanches.

Illustration n° 2. Dès le milieu du XIXe siècle, le quartier de la gare est le principal pôle économique du village. On y retrouve notamment la brasserie Saint-Michel et la scierie.

Liste des illustrations

1. Carte : cartes topographiques des comtés de Namur et de Hainaut, par le sieur Jaillot. Début du XVIIIe siècle. Bibliothèque nationale de France.
2. Photographie : vue aérienne du quartier de la gare, au début des années 1960. Coll. Daffe.

Citer cet article

« Cense de Trouille à Gerpinnes », dans Cercle d’Histoire et de Généalogie de Gerpinnes, Gerpinnes. Histoire et Patrimoine, histoiregerpinnes.wordpress.com.

Mis à jour le 9 février 2020.